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Discours d’inauguration du dictionnaire

Chers parents, famille, seniors, enfants, partenaires,
Chers amis de l’Histoire Vivante,

 

Chers parents, famille, seniors, enfants, partenaires, Chers amis de l’Histoire Vivante,

Bonjour à tous et merci d’être venus.

Ce discours d’inauguration du « Dictionnaire Très Amoureux » va durer 6 minutes et 34 secondes. Je pense que si nous joignons nos forces, nous irons ensemble jusqu’à la fin.

Combien de fois avons-nous entendu : « Si ce mot n’est pas dans le dictionnaire, c’est qu’il n’est pas français » ? Et pourtant, LE dictionnaire n’existe pas. Il n’y a pas de vérité absolue suggérant que tout ce qui est mentionné dans les dictionnaires est indiscutable ou que les mots qui n’y figurent pas n’existent pas. La langue est parlée ! L’humain ne peut s’empêcher de s’emparer des mots pour les faire siens, simplement pour dire qu’il existe.

En France, et peut-être ailleurs, il y a eu une tradition d’éducation qui valorise une langue écrite et normative, avec des règles strictes et de nombreuses exceptions. Cependant, la langue orale a toujours été plus fluide et créative, offrant un espace de liberté où chacun peut s’exprimer sans la contrainte ou l’autorité de l’écrit. Cette langue vivante nous appartient et elle permet une exploration vers d’autres univers, au-delà de nos cités, quartiers et châteaux. La langue est une possibilité de différentes façons d’être au monde.

Mais appelons un chat un chat, à moins que vous parliez du chat, ChatGPT. Mais non, ce n’est pas cela, enfin, pas dans un discours officiel. Je parle de l’intelligence artificielle ou simplement de l’ingénierie linguistique dont nous sommes tous les techniciens. Ce qui nous intéresse ici, avec la création de ce dictionnaire des mots éphémères, c’est la manière dont les humains communiquent entre eux. Comment utilisons-nous la langue pour dire plus que les mots donnés au départ ?

L’invention de mots nous permet de préciser les choses et de mieux définir une émotion présente dans une action. Créer un mot, l’utiliser, le transmettre, c’est aussi reconnaître l’existence de la personne qui en est à l’origine, même si cela ne durera peut-être que quelques jours, quelques mois, ou sur une ou deux générations, à moins que ce mot ne s’installe définitivement dans la langue. Peu importe sa durée de vie, chaque mot éphémère fait vibrer une note de la langue et participe à la symphonie éphémère. En prononçant les mots d’un autre, nous le voyons, nous le reconnaissons et nous perpétuons son existence.

Dire un mot, c’est donc créer un passage, c’est ouvrir une voie commune. Parler, c’est être en relation avec les autres. Le mot « parler », emprunté du grec « parabolê », qui signifie « comparaison, rencontre », souligne cette idée de connexion par le langage. La parole est un moyen de communication et d’échange qui nous permet de nous relier les uns aux autres, de partager nos expériences, idées et émotions. C’est un outil précieux pour créer des liens et construire une compréhension mutuelle.

La langue est profondément écologiste. Quand on commence à parler, à écouter et à soulever le capot des mots, comme nous l’avons fait pendant nos ateliers de philosophie modelage, nous comprenons mieux qui nous sommes derrière ce gros mot, ou comment nous refusons d’être réduits à ce seul terme, ou comment nous exprimons notre amour avec ce doux mot.

Parler, c’est être avec, c’est se rencontrer. Il y a des mots qui servent à mentir, à manipuler, avec des termes vagues dans un discours fleuve. Mais le mot éphémère, c’est tout le contraire ! C’est le mot personnifié à l’extrême qui contient à lui seul ce qu’aucun autre mot ne peut dire, car celui qui prononce ce mot unique est unique. Le mot éphémère est un mot qui ne ment pas, c’est un mot qu’on invente pour dire ce que les mots existants ne savent pas exprimer.

Aimer les mots éphémères, c’est aimer cette singularité, cette création fragile tombée du nid, qui, si elle n’est pas couvée, finira par disparaître. Nous, la Société Protectrice des Nuages, nous attachons à tisser des liens avec les mots, à chérir ces petites histoires nichées dans ces quelques lettres. Car dans chaque mot éphémère, il y a des fragments du roman d’une vie, un espoir possible.

Nous remercions la ville de Montreuil, la Fondation de France et la Fondation SNCF d’avoir financé ce projet. Nous remercions le musée de l’Histoire Vivante d’accueillir ce dictionnaire tombé du nid.

Protégeons ensemble les mots éphémères en voie de disparition. Gardons en mémoire que la beauté provient de ces micro-créations que chacun porte en lui et qu’il nous incombe de partager avec amour.

 

Delphes pour la SPN, le 20 juin 2023.

 

 

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